Calendrier 2024 : Paroles d'arbres

Janvier
Lumineuse surprise matinale,
après une rude nuit hivernale.
Les premiers rayons de l'astre du jour
dégèlent et réchauffent mes atours.
Merci à toi, Créateur généreux !
Grâce à ton soleil fidèle et radieux,
je savoure l'agréable douceur,
complice de ta magique chaleur.
Souvenir de la glaciale nuitée,
des flocons se muent en giboulée
et créent une pluie d'étincelles.
Ma silhouette est encore plus belle !
Texte et photo : © Claude Maier
Lac Noir (FR), janvier 2021

Février
Mon frère cadet et moi-même,
chênes plus que centenaires,
nous sommes des monstres
aux racines profondes.
Au matin de ce morne jour de février,
en compagnie de trois congénères feuillus,
nous jouons à cache-cache avec l'épais brouillard.
Nous dissimulons nos branchages dénudés dans la grisaille.
Un soupçon de ténacité est indispensable.
Compte tenu de notre énorme taille,
devenir invisibles est une gageure !
Texte et photo : © Claude Maier
Bevaix (NE), février 2023

Mars
Le doux rayon du soleil printanier
souligne le doré des noisetiers.
Tout en caressant mes branches poreuses,
il reluit dans l'eau claire de l'Areuse.
La sève dormait au fond de la terre.
Elle remonte depuis mes racines
jusqu'à l'extrémité des branches fines.
L'occasion de ressasser ma prière.
« J'aimerais être épargné par la sécheresse,
par les ouragans, les tornades, les incendies de forêts
et autres tragiques conséquences du détraquement climatique.
J'aimerais que vous, êtres humains,
appreniez à sentir et à partager mon énergie.
J'aimerais vous confier mon expérience et mes conseils,
maigre contribution à la sauvegarde de notre planète Terre ! »
Texte et photo : © Claude Maier
Boudry (NE), février 2023

Avril
Je suis un saule pas tant pleureur.
Heureux, je savoure mon bonheur.
Flou indécis, dans le cadre ambiant,
mon reflet se confond vaguement,
dans les eaux du canal de la Thièle.
Je ris de ma vie, elle est si belle !
J'aimerais que mon large sourire
soit contagieux, source de fou rire,
franche et minime lueur d'espoir
pour celui qui voit la vie en noir.
Moi, le prétendu arbre pleureur,
j'aimerais être un porte-bonheur !
Texte et photo : © Claude Maier
Canal de la Thièle (FR), mars 2020

Mai
Perché sur ma cime épineuse,
un rouge-queue noir chante à tue-tête.
Candidats plus ou moins habiles, d'autres volatiles
se chamaillent pour déloger l'oiseau chanteur.
À Cressier, on m'appelle « le sapin à Pierrot ».
Pierrot, mon protecteur et propriétaire, était fier de moi.
Hélas, il est décédé, voici trois ans.
Au sein de mon dense feuillage, année après année,
j'accueille des couples d'oiseaux d'espèces différentes.
Ils installent leurs nids, pondent des œufs et les couvent.
Pierrot doit être heureux, lorsqu'il observe, depuis l'au-delà,
les nouveau-nés partir à la découverte du Monde.
Naissances et décès,
renaissances et résurrections.
Espérance d'un continuel renouveau.
Texte et photo : © Claude Maier
Cressier (FR), avril 2019

Juin
Le dédale de mes racines
plus ou moins ancrées dans le sol rocheux
est le fruit de mon intuition et de mon génie créatif.
Au printemps de ma vie, des congénères âgés m'offraient
leur force et leur protection en se rapprochant de mes racines.
Aujourd'hui, des jeunes espèces profitent de mon énergie
tout en m'aidant à supporter le poids des ans.
Je m'adresse à vous, êtres humains :
« Ne maltraitez jamais nos racines !
Qu'elles puissent pousser en liberté
et prospérer à qui mieux mieux !
La vie d'un arbre est indispensable
pour la survie de l'humanité ».
Texte et photo : © Claude Maier
Hauterive (FR), septembre 2021

Juillet
Serrés les uns contre les autres,
agrippés au flanc pentu de la montagne,
nous sommes un joyeux groupe de complices.
Jeunes et vieux, nous formons une grande famille.
Nous communiquons au moyen de nos profondes racines.
En toute sincérité, nous sommes passablement bavards !
Cela ne nous empêche pas de nous muer en remparts
face aux avalanches et aux glissements de terrain.
Lorsque le soleil brille,
nos branchages reluisent.
Palette de couleurs vives,
nous proposons au passant
une touche de fantaisie,
véritable création artistique.
Texte et photo : © Claude Maier
Lac de Lessoc (FR), juillet 2023

Août
Ouh, ouh, hibou,
où donc te caches-tu ?
J'apprécie ta présence,
dans mon vieux tronc
à moitié pourri.
Malgré mon âge respectable,
je lutte et tente de survivre,
dans l'espoir de t'accueillir
le plus longtemps possible,
toi, mon fidèle compagnon,
toi, ma présence nocturne.
Ouh, ouh, hibou,
où te caches-tu ?
Texte et photo : © Claude Maier
Bisse du Trient VS, août 2021

Septembre
Lorsqu'ils voient mes feuilles
se colorer, puis tomber,
certains êtres humains
pensent à la mort,
la fin d'un cycle.
À mon humble avis,
l'automne, synonyme d'espoir,
est fin et commencement,
mort et naissance.
Je me dépouille de mes feuilles,
je plonge dans un sommeil profond,
avant de me réveiller, revigoré,
dès les premières chaleurs
du printemps.
Texte et photo : © Claude Maier
Pointe du Grain (NE), octobre 2023

Octobre
Avoir le privilège d'être planté
sur la Colline ardente de Saillon,
endroit où pousse la vigne à Farinet
(la plus petite répertoriée, avec ses trois ceps)
est un sublime privilège pour moi.
J'ai vu passer les trois propriétaires de la vigne,
Jean-Louis Barrault, l'abbé Pierre et le Dalaï-Lama,
l'actuel possesseur.
Chaque année, des célébrités du Monde entier
viennent prendre soin des trois ceps.
Des milliers d'anonymes montent
se recueillir sur la colline.
Depuis l'au-delà, en voyant ce ramdam,
le dénommé Farinet – faux monnayeur et
Robin des bois valaisan – doit rigoler.
Texte et photo : © Claude Maier
Vigne à Farinet VS, novembre 2020

Novembre
En cette journée de novembre,
mon aïeul Nathanaël
me semble inquiet.
Il me parle des hivers d'antan,
quand la neige recouvrait le Gurten
deux à trois mois durant.
Malgré sa carcasse desséchée,
le vieillard est resté bien lucide.
Il me confie sa préoccupation.
« Je pense à toi et à tes rejetons.
Que pouvez-vous espérer,
vous autres, jeunes congénères,
dès l'instant où le climat se détériore
encore et encore ? »
Texte et photo : © Claude Maier
Gurten (BE), novembre 2020

Décembre
« Mon beau sapin, roi des forêts… ».
Oui, je suis un roi satisfait,
pas un spécimen de Noël
dont le destin est la poubelle !
L'homme arrache des conifères,
des innocents arbres pubères.
Leur sort est éphémère, hélas.
Promptement on s'en débarrasse.
Pour ma part, hiver comme été,
avec goût, je suis décoré.
La nature prend soin de moi.
Les oiseaux chantent sur mes branches.
Ils clament leur précieuse chance,
car mon abri leur sert de toit.
Texte et photo : © Claude Maier
Marsens FR, décembre 2018